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Sanou Mbaye :Le Fcfa ne profite pas aux économies africaines ni aux populations locales

 

 Pouvez-vous confirmer la rumeur qui circule concernant une nouvelle dévaluation du Fcfa?

Pour le moment, je ne suis pas en mesure de confirmer une telle rumeur. Mais il n’est pas impossible que le Fcfa qui a déjà été dévalué en 1994 le soit à nouveau. Les économies des pays de la zone Fcfa sont à la traîne et sont confrontées à de terribles difficultés. Actuellement, rien ne justifie une nouvelle dévaluation. La dévaluation peut être bénéfique à condition d’avoir une base industrielle solide. Il faut également pouvoir exporter suffisamment et réduire ses taux d’importations.

Les pays de la zone franc ne répondent à aucune de ces conditions. Le Fcfa ne profite pas aux économies africaines ni aux populations locales. Ces dernières n’ont d’ailleurs pas accès au crédit bancaire, les banques estimant qu’elles ne détiennent pas suffisamment de garanties pour rembourser leurs emprunts. C’est en réalité la France qui tire bénéfice du Fcfa. Et chaque fois qu’elle est en difficulté, notamment en période de crise économique, elle tente de tirer au maximum profit du Fcfa. Dévaluer le Fcfa lui permettrait ainsi de mieux résister à la crise.

Quels seraient les conséquences d’une nouvelle dévaluation du Fcfa?

Les conséquences seraient catastrophiques ! Une telle mesure pourrait créer une implosion dans la zone franc, tant les conditions de vies des populations se détérioreraient. La dévaluation d’une monnaie est censée favoriser les exportations pour développer la compétitivité d’un pays. Mais elle n’est positive que si le pays a une productivité élevée. Les pays de la zone franc ne pourront pas faire face à une nouvelle dévaluation car ils n’ont rien d’autres à exporter que des matières premières et ne seront pas en mesure de réduire leurs importations.

Ils risquent ainsi de connaître un déséquilibre commercial (importations supérieures aux exportations). D’autant plus que les pays de la zone franc n’ont pas développé les échanges commerciaux entre eux. Ils ne représentent que 3 à 10%. Or, une union monétaire ne va pas sans une union politique. L’intégration d’une monnaie unique doit reposer sur une union douanière qui doit permettre la libre circulation des biens, services, marchandises et capitaux. Ensuite, il faut créer un marché commun pour favoriser l’union politique.

Quels sont les principales difficultés que rencontre le Fcfa?

Le Fcfa rencontre deux difficultés majeures. Premièrement, le Fcfa a le taux de change le plus élevé au monde. De plus, ce taux de change est fixe, alors que tous les autres pays cherchent à avoir un taux de change fluctuant. Comment voulez-vous que les pays qui ont adopté le Fcfa soient compétitifs? Avec un tel système, ils ne pourront jamais l’être! Ce taux de change élevé permet aux entreprises françaises tels que Bouygues, Société générale, Bnp Paribas, Bolloré, d’éviter toute dépréciation de leur gain. Le deuxième grand problème du Fcfa, c’est le fait qu’il soit convertible.

C’est-à-dire qu’il est librement convertible sans contrôle du taux de change. La convertibilité d’une monnaie est faite pour les pays développés. Il n’est pas acceptable que les pays sous-développés aient une monnaie convertible! C’est contraire à toutes les règles économiques! Les monnaies des Brics ne sont pas convertibles. La convertibilité du Fcfa, qui perdure depuis les indépendances, permet aussi aux élus de s’adonner librement à la corruption sans être inquiétés. Partout en Afrique, il y a un renouveau économique, notamment dans l’Est du continent, sauf dans la zone franc.

Quels sont les enjeux d’une monnaie convertible?

Lorsqu’une monnaie est convertible, le flux des capitaux n’est pas contrôlé. Cela veut dire que les entreprises présentes dans la zone franc sont libres de transférer leurs capitaux où bon leur semble. Donc, leurs bénéfices ne profitent pas aux pays dans lesquels ils sont implantés, puisqu’ils transfèrent une grande partie de cet argent ailleurs. L’argent qui sort des pays de la zone franc est supérieur à l’argent qui y rentre.

D’ailleurs, ces entreprises font plus de bénéfices dans les pays de la zone franc que dans leur propre pays. Regardez la Société générale, ou BNP Paribas, toutes ces sociétés sont à terre avec la crise économique. Mais elles continuent à réaliser des bénéfices considérables en Afrique. C’est un calcul économique très simple. C’est comme si le prix de ce que vous vendez est inférieur à ce que vous achetez. Dans un pays comme le Sénégal, ce sont les banques étrangères qui financent les importations. Elles accordent ainsi à l’Etat sénégalais des crédits à court terme, remboursables dans un délai de trois mois, avec des taux d’intérêts très élevés. Le Sénégal importe tout son riz, le charbon et même le pétrole. Ce qui est inacceptable! Car le pays peut accéder à une indépendance énergétique grâce à l’énergie solaire.

Comment le Fcfa pourrait-il sortir de ce marasme économique?

Il faudrait mettre en place des réformes. Le taux de change doit être flottant et la convertibilité doit cesser. Le Fcfa doit être arrimé à d’autres monnaies comme le dollar, le yen… et avancer sur le chemin de l’intégration régionale.

Propos recueillis par Assanatou Baldé (Afrik.com)


Sanou Mbaye : L’ancien cadre à la Banque africaine de développement et économiste sénégalais, analyse les contours d’une éventuelle dépréciation du Cfa

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